L’Afrique regorge de nombreuses richesses intellectuelles et culturelles. Pourtant, dans de nombreux domaines, notamment dans les sciences de la santé et plus particulièrement dans les sciences infirmières, nos livres, nos manuels et nos modèles de formation viennent souvent de pays développés. Si ces ouvrages apportent des idées intéressantes et novatrices, leur applicabilité dans nos contextes historiques, sociaux, économiques, géographiques, culturels et politiques reste souvent limitée.
Des savoirs venus d’ailleurs, mais peu adaptés
Prenons l’exemple des théories en sciences infirmières. Beaucoup nous viennent des pays du Nord. Elles proposent des cadres structurés et des philosophies inspirantes, mais leur mise en œuvre dans nos cliniques, nos hôpitaux et nos communautés africaines est souvent difficile. Les ressources limitées, les différences culturelles dans la relation soignant-soigné ou encore les réalités de santé publique en Afrique exigent que ces théories soient repensées, adaptées, ou mieux encore, remplacées par des approches propres à nos réalités.
Une richesse en péril : le savoir des praticiens
Chaque année, des infirmiers et infirmières prennent leur retraite en emportant avec eux des décennies d’expérience, d’innovations et de pratiques adaptées à nos contextes. Certains ont développé des techniques de soins innovantes pour pallier le manque de matériel. D’autres ont créé des approches de relation d’aide profondément ancrées dans nos réalités culturelles ou des philosophies de soins imprégnées des valeurs africaines comme la solidarité, l’hospitalité et le respect des aînés. Faute d’une transmission structurée ou d’une trace écrite, ces savoirs disparaissent, privant les générations futures d’un héritage professionnel unique et précieux.
Le devoir d’écrire : un acte de transmission et d’émancipation
L’écriture, c’est bien plus qu’un simple outil de communication. C’est un acte de transmission qui dépasse le cadre de l’individu pour impacter une communauté entière. En documentant nos pratiques, en partageant nos idées et nos innovations, nous bâtissons une base solide pour les générations futures. Dans le domaine des sciences infirmières, écrire, c’est documenter nos réussites, nos innovations et nos échecs. C’est offrir aux générations futures une base de réflexion pour construire un savoir adapté et puissant, enraciné dans notre réalité africaine. C’est aussi revendiquer notre place dans le monde académique et professionnel en exposant notre génie au reste du monde. À travers l’écriture, nous affirmons que nos réalités, nos idées, et nos expériences comptent. Nous redéfinissons les cadres, créons de nouvelles théories et contribuons à l’émergence d’un savoir universel enrichi par la perspective africaine. L’écriture doit entrer dans notre culture professionnelle. Écrivez vos expériences, vos idées, vos innovations. Laissez un héritage pour ceux qui viendront après vous.